RESPECT : sentiment qui porte à traiter quelqu’un ou quelque chose avec de grands égards, à ne pas lui porter atteinte.



Cette définition du Petit Larousse me semble parfaitement correspondre à ce que j’attends d’un massage d'un soin. Le soin doit être prodigué avec respect à la fois pour ma personne en tant qu’être humain mais aussi, et c’est là qu’est souvent le problème, pour mes tissus... , ma peau, mes muscles…



Trop souvent, les masseurs plus ou moins professionnels massent avec automatisme, sans tenir compte de ce que j’appelle le message qui leur est adressé par la personne massée et ses tissus au travers de ses réactions volontaires et involontaires.



Les tissus sont vivants, ils réagissent aux agressions que celles ci soient douces ou violentes. Une caresse peut donner la chair de poule, faire rougir les tissus ou bien être ressentie comme désagréable et provoquer le retrait de la personne. Il existe une « respiration tissulaire » qu’on nous apprend à écouter lors de l’apprentissage de l’ostéopathie par exemple. Il suffit « d’écouter » les tissus pour savoir où sont les tensions, les relâchements, les contractures.
Souvent, lorsque l’on masse, la personne massée est surprise que notre main insiste sur une zone qui est douloureuse et qu’elle ne nous a pas signalée.

Combien de fois n’avons nous pas entendu dire : je ne sais pas comment vous faites, vous allez toujours là où ça fait mal !

Et on se rend compte qu’on y est allé sans même réfléchir, que notre main y est allée toute seule. La tension des tissus, la différence de chaleur avec les zones voisines (même très minime), un changement subtil de texture de la peau sous notre main et, « instinctivement », on sait que c’est là qu’il faut agir. Mais pour avoir cette écoute, ce ressenti, il faut respecter les tissus, ne pas les brusquer, ne pas leur infliger un litre de crème qui parasite nos sensations, ne pas agresser avec des appareils qui malaxeront, tritureront, malmèneront les tissus sur toute une zone sans distinction entre les différences que seule une main peut palper et ressentir.



Il en est de même lors des mouvements qu’on fera exécuter lors de la rééducation. Nous avons à faire à des tissus blessés, ne leur infligeons pas un autre traumatisme au travers de la rééducation. Les mouvements physiologiques se déroulent autour de deux ou trois axes différents.

Regardons le « geste auguste du semeur », la main part en pronation, à la fin du mouvement on a une supination ; on aura donc : extension, rotation, abduction de l’épaule, extension du coude… donc une multitude de mouvements pour une action. Pour manger, la cuillère qui devra être amenée à la bouche obligera l’intervention des articulations des doigts, du poignet, du coude et de l’épaule. Nous avons à faire à une « chaîne » de mouvements, le rééducateur devra respecter cette chaîne s’il veut obtenir un bon résultat. Aucun appareil ne pourra remplacer cette subtilité du mouvement, aucun appareil ne respectera la physiologie du mouvement : il ne peut offrir, au mieux, qu’un mouvement autour de deux axes ce qui est nettement insuffisant.



Le massage de détente aura aussi, pour être efficace, l’obligation du respect de tous les tissus : peau pour le contact, aponévroses et muscles pour le sens de la manœuvre et personnalité du massé par le respect de ses goûts et désirs (tenue, chaleur, installation…).

Tout le travail fait par les maîtres qui nous ont précédés sur le lemniscate ( en forme de 8 ) et les chaînes musculaires nous est d’un grand apport pour le massage de bien être. Toute la différence au niveau du vécu entre un massage fait par une personne qui aime masser et un vrai professionnel se trouvera dans ces connaissances qui impliquent un respect de la physiologie des différents éléments massés.



Je suis très perplexe quant à l’existence de fluides, de magnétisme, de dons. Je pense qu’il y a un corps avec sa physiologie et une personne qui sait ou non l’écouter, le sentir vivre et vibrer, le respecter.
Combien de fois les masseurs s’entendent dire qu’ils ont du magnétisme ou un don ! Ils entendent dire ça quand ils sont disponibles et à l’écoute du patient ou client. Je pense que ce don n’est qu’une écoute, ce magnétisme qu’une attention portée à notre travail, c’est à dire au respect que l’on a de l’autre.

C’est ce qui fait la différence entre le mécanothérapeute et le rééducateur, entre l’endermologue et le masseur. Les deux se doivent d’exister puisqu’il y a de la demande pour les deux et une clientèle pour ça, nous ne nous adressons pas du tout aux mêmes personnes.
Nos activités sont le reflet de la société actuelle : il y a des personnes qui ont besoin d’un zapping permanent, de sensationnel, de gesticulations, de scoops et qui ne se sentent bien que dans cette société. Il y en a d’autres qui sont, aux yeux des premiers, des passéistes, qui ont besoin de repères, de sécurité, de calme, d’équilibre et de respect. Ce sont ces derniers que nous aurons dans le cadre d’une recherche de mieux être : ces conceptions s’opposent comme s’opposent l’être et le paraître.



Dernièrement, sur un forum, la question « devons nous respecter les anciens ? » était posée. Les conceptions radicalement opposées s’y sont retrouvées pour débattre. Je me suis senti parfois très déphasé parce que pour moi cette question n’a pas lieu d’être : pour vivre en équilibre avec la société et avec soi même, le respect s’impose aux autres, à soi même, mais aussi à tout ce qui nous entoure comme êtres vivants et même objets (que c’était beau de voir l’artisan le soir ranger ses outils : maintenant l’ouvrier jette le tout dans une caisse et remplace quand c’est cassé !).

Jean-Pierre Favrat